L’envolée des Enges, Le ciel et la terre

C’est parti pour « la rentrée de la fantasy française » des indés de l’imaginaire (ouais, je sais, je suis à la bourre…). Comme tous les ans Mnémos, Les moutons électriques et ActuSF mettent en avant la fantasy du terroir avec chacun son champion. C’est par ActuSF que je commence mon exploration 2018 avec L’envolée des Enges de Claire Krust.

Oui, ça s’écrit Enge, et c’est un peuple qui vit tranquillement en haut de leur pilier géant. Ils sont en communion avec le vent et chaque jeune attend le jour de son « envolée » avec impatience, ce moment tant attendu où ils déploieront leurs « ailes » pour rejoindre leurs ainés dans les cieux. C’est en plein milieu de cette cérémonie sacrée que les hommes, ces petits cafards, se pointent pour faire le ménage en semant la mort chez le peuple céleste. Dans un geste désespéré, la jeune Céléno s’enfuit en se jetant dans le vide pour atterrir en bas du pilier. Avec l’aide de Sujin, un Être de l’eau, elle va tenter de libérer les derniers survivants Enges prisonniers des hommes.

Le début du roman se passe en haut du pilier des Enges, on découvre une civilisation étrange et fascinante dont tout le début de vie est concentré sur un seul but : préparer le jour de leur envolée. Bien sûr ça renvoie à l’imagerie angélique classique mais y’a quelques subtilités qui nous éloignent bien des machins bibliques (Amen). Leur relation avec le vent et le monde physique amène une vraie originalité à cet univers. C’était tellement chouette que j’ai été un peu déçu quand l’action a changé de lieu pour revenir dans le monde fantasy plus classique d’en bas, quand les Enges sont jetés de leur piédestal pour affronter le monde. Pour autant, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas écrit, l’histoire globale reste d’un très bon niveau. On découvre un monde où les hommes partagent la place avec trois races « magiques », les Enges donc mais aussi les Elbes et les Êtres de l’eau. Les hommes étant des hommes, ces êtres différents deviennent vite indésirables et ces derniers ont souvent moins de droits, voire sont pourchassés.

La narration va passer par plusieurs protagonistes mais, contrairement à une tétra-chiée de bouquins du genre, Claire Krust ne fait pas du point de vue alterné à chaque chapitre. Le bouquin est divisé grosso modo en trois arcs différents qui suivent le scénario général. La première partie qui sert de prologue nous fait suivre Éole et Borée qui se préparent ensemble à leur Envolée. Puis on collera aux basques de Cénélo et Sujin suite à l’attaque du pilier, et enfin dans la seconde moitié du roman on change complètement notre fusil d’épaule pour raconter les évènements du point de vue d’Arhan, un jeune servant apothicaire qui trafique des trucs louches avec des gens peu recommandables. Ainsi, dans chaque partie, les protagonistes précédents deviennent plus ou moins des personnages secondaires. J’ai trouvé que ce procédé marchait vraiment bien, et je préfère ça à la sempiternelle girouette « George R.R. Martin-ienne », c’est bien moins frustrant.

Ce qui est frustrant par contre, c’est la fin en « accrocheur de falaise » qui nous laisse un peu en plan au milieu de l’action. En effet nous avons affaire à un diptyque dont la suite, Les Secrets d’Éole, sortira l’an prochain. Du coup j’ai été un peu surpris par la coupure, surtout vu l’état dans lequel on laisse l’action pour Arhan et les jumeaux ! Malgré ça j’ai beaucoup apprécié cette lecture, d’une part pour ces peuples étranges et fascinants qui se retrouvent confrontés au racisme primaire des humains, qui rappelle un peu les X-Men par moments, mais surtout pour ces personnages qui m’ont permis d’accrocher à l’ensemble. Chacun est bien mis en place avec ses préoccupations et son évolution propre, toujours crédible, toujours attachant. J’ai juste trouvé la relation qui s’établit entre Arhan et Ygil un peu cliché et rapide sur la fin, une approche un peu différente aurait peut-être fait plus naturel et profond  (à mes yeux).

L’univers dans lequel se déroulent les évènements est intrigant et permet à quelques mystères de se mettre bien en place. Tout se déroule sur une péninsule qui a été isolée du reste du monde par un cataclysme survenu quelques décennies plus tôt, mais dont personne ne sait grand chose. C’est aussi cet isolement subit qui motive les humains à agir comme ils le font puisque quand il nous arrive une tuile, c’est très certainement de la faute de celui d’en face. C’est aussi ça qui est cool, on a un monde dans un certain état qui explique les relations entre les différents peuples, mais que personne ne comprend vraiment. Pourtant tout se tient. On en apprend un petit peu plus en fin de roman mais il reste beaucoup de zones d’ombres et de mystères encore à élucider. Puis Claire Krust se permet d’aborder d’autres problématiques sociales l’air de rien, par-ci par-là, juste ce qu’il faut, comme avec l’avortement en début de livre traité avec beaucoup de finesse.

Une belle histoire, de chouettes personnages, un univers intéressant et une narration maitrisée. La seule chose qui pourrait vous freiner dans l’achat de ce roman sera la sévérité de votre allergie aux cliffhangers (là vous pouvez attendre la parution du second pour tout lire), ou celle de votre allergie à la fantasy (mais je vois pas ce que vous foutez ici dans ce cas…).

Livre reçu en service presse de la part de l’éditeur ActuSF

19 réponses

    • J’ai rien contre la simplicité tant que les persos savent me convaincre. C’est sûr qu’il faut pas chercher le world building de l’année ou un scénario a tiroirs super complexe, mais ça me va

    • Cela s’enchaîne pourtant bien, pas d’abus niveau circonvolutions, du coup on avance avec l’action. Le style narratif descriptif c’est sympa, mais en tant que lecteur je trouve que c’est souvent casse-gueule, on s’y perd et c’est parfois difficile d’en revenir. Je préfère à cela un univers plus épuré quitte à faire un ouvrage plus court.
      Pour le coup, on gagne en précision et netteté niveau action.
      D’une certaine manière, on retrouve là l’action que Vance a mis dans son cycle sur Tschaï. C’est rapide, et ça suffit à aborder de nombreux thèmes. A la personne qui lit de compléter avec son imaginaire.

    • Y’a peut être une vibe un peu YA, j’ai toujours du mal a voir la frontière, mais y’a du génocide et de la torture donc bon…

  1. Les fameuses séries sans aucune indication sur la couverture. C’est tellement énervant. >.<
    Ça tombe bien que ça ne soit pas le livre de l'année du coup, même si je dois avouer que tu as un peu éveillé ma curiosité. ^^

    • Alors j’ai eu la version numérique donc je peux pas dire pour la tranche ou le dos par exemple, mais le pitch sur le site dit clairement qu’il y aura une suite (et c’est ptetre le texte de la 4e de couv)

      • « Clairement explicité »… En fin de quatrième de couverture, dans une partie qu’on ne lit pas forcément avant de lire un livre, ce n’est pas ce que j’appelle « clairement explicité ». 😉

        • Je lis même les dates et lieux d’impression, je crois que je ne loupe pas un caractère en définitive :’-D
          C’est un peu comme tout ce que je consomme, j’aime savoir d’où ça vient et comment c’est produit, une vieille manie paysanne je crois.

  2. Je viens de le finir et je n’ai pas autant accroché que toi, même si le roman a des qualités. Perso j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages et j’ai justement été rebutée par la disparition de certains personnages clés entre les deux parties (j’aime bien quand il y a pleins de points de vue différents ^^).

  3. Mince, Blackwolf et Boudicca sont plus mitigés. Et pourtant, un peu comme Lianne, je ne misais pas grand chose sur le livre jusqu’à ton article qui m’a franchement ouvert à la curiosité. J’attendrais de lire d’autres avis mais je le garde à l’œil. Merci pour ton retour de lecture !

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