Le septième guerrier-mage, 300 à la montagne

Lire la dernière sortie d’un éditeur (au hasard, Bragelonne) est toujours un peu risqué, puisque l’éditeur en question est toujours super enthousiaste en le présentant (en même temps ça se tient, s’il y croyait pas, il l’aurait pas édité hein…) mais les critiques sont encore rares donc on ne peut pas vraiment se faire un avis général, surtout quand on est jamais du même avis que tout le monde. Quelque part y’a un petit côté « roulette russe » assez rigolo, parfois je tombe sur un truc qui me plait vraiment pas, et parfois sur une petite merveille que j’ai pas vu venir, c’est toujours un peu plus excitant que de se jeter sur le dernier Jaworski que tout le monde encense déjà… Bon, je lirai le dernier Jaworski quand même hein, j’dis pas…

Mais pour l’instant, le livre dont je veux vous parler s’appelle « Le septième guerrier-mage », écrit par un certain Paul Beorn… Inconnu au bataillon… Mon enquête minutieuse et approfondie m’apprend que le monsieur est français et a déjà quelques bouquins à son actif, et plutôt bien notés avec ça. Bon, j’espère que c’est nul, sinon je vais devoir acheter tous ses romans précédents comme avec Gabriel Katz ! Ouais, je fais vachement de liens dans cet article, il parait que c’est bon pour le référencement, je fait du gringue aux crawlers de Gogole… Bref, tout d’abord, je vais juste faire un petit avis à contre-courant sur la couverture que j’ai pas trop aimée. Pourtant c’est Marc Simonetti hein, monsieur « j’ai fait les couv’ des Rothfuss et c’est les plus jolies de toutes les éditions, nananère », et l’ambiance générale est réussie mais j’accroche pas au rendu « speed painting » brut, avec des textures bien voyantes, une anatomie du personnage principal un peu bancale et une compo… on va dire archi-classique.

Bon, on est surtout là pour le contenu, que nous réserve cette histoire ? On suit les aventures de Jal, un soldat enrôlé de force dans l’armée ostéroise qui, lassé de piller et brûler, de trucider tous les habitants du pays qu’ils sont en train d’envahir, déserte l’armée avec deux de ses camarades. Ils trouvent refuge dans une vallée miraculeusement épargnée par la guerre et Jal promet (un peu contraint) de défendre cette vallée contre l’envahisseur dont il faisait partie quelques jours avant. Le voilà qui se lie avec les habitants de la vallée, va essayer de mettre en place une défense avec les quelques cailloux qui trainent, les paysans qui ne savent pas se battre et un passé oublié qui revient le hanter à coup de crises et de cauchemars.

Bien sûr il y a un côté fantasy épique archi-classique du héros qui va se dresser avec sa bite et son couteau contre une armée gigantesque dirigée par un guerrier-mage puissant et impitoyable, dans un combat perdu d’avance. Et quand je dis « sa bite est son couteau » c’est presque pas une image hein, il lui arrive de se battre à poil… Cette trame assez convenue est quand même toujours très efficace si elle est bien rythmée et que le suspense reste entier, et c’est le cas ici, la menace grandissante constitue une épée de Damoclès qui laisse planer son ombre sur tout le roman, on sent le danger approcher entre défaitisme et espoir fou, la tension est extrêmement bien gérée. Au début personne ne croit à cette armée lointaine qui arrive, puis certains commencent à douter, on se méfie, on réalise, on panique.

Ce héros outsider qui arrive dans une communauté qui le rejette et le met à l’épreuve pour ensuite devenir l’artisan de leur révolte m’a fait un peu penser à un robin des bois version Kevin Kostner. Il arrive et se met tout le monde à dos avant de s’attacher à ces petits bouseux et les pousse à se défendre, on a même les petites embuscades dans la forêt pour démarrer les hostilités. Évidemment, Jal se révèlera plus complexe et exceptionnel que ce que sa condition de troufion de base pouvait le laisser croire, on va apprendre petit à petit qui il est vraiment, en même temps que lui d’ailleurs puisque plusieurs années de son adolescence ont été effacées de sa mémoire. On en apprendra surtout plus sur la figure de Maitre Hokoun qui le hante.

Jal est vraiment intéressant et bien construit, un côté bourrin branleur sur les bords qui hésite pas à envoyer chier tout le monde, on suit les évènements de son point de vue et le livre utilise un langage familier et cru tout le long, ce qui donne lieu à des passages bien marrants. On sent un auteur qui s’amuse à faire vivre ses personnage et à créer un héros insolent un peu anti-héros sur les bords. Les personnages secondaires viennent renforcer cette impression et m’ont tous plu, il y a quelques archétypes mais ils sont utilisés à bon escient, la dynamique des relations entre les membres du cercle de Jal m’a convaincu. C’est certainement la qualité principale du roman, mettez la même histoire classique avec des personnages creux et inintéressants, et vous aurez un livre merdique, mais là nous avons Rikken, Gloutonne, Hulan, Odomar, Nola, dont les personnalités et l’évolution sont travaillées et satisfaisantes, ils forment un groupe cohérent et intéressant.

On regrettera juste un côté un peu trop charmeur du héros qui fait tomber tous les personnages féminins à ses pieds, donnant lieu à plusieurs scènes de drague ou de sexe un peu sorties de nulle part avec à peu près tout ce qui a des seins, leur enlevant un peu de force de caractère à mes yeux (aux filles, pas aux seins), l’effet James Bond Girl en fantasy quoi… Pourtant, en dehors de ça, les femmes du roman sont vraiment intéressantes et il y a un petit discours féministe qui se cache dans un coin, mais il s’efface bien vite à chaque fois que Jal fait des siennes. Le pire c’est que c’est expliqué par le scénario, mais bon…

Le livre utilise aussi la figure du berserker, le personnage qui entre en transe et pulvérise tout le monde avant de se réveiller en se demandant ce qui vient de se passer, classique mais encore une fois bien utilisé, il permet d’explorer le passé du héros et d’épaissir le mystère. Les quelques scènes d’action du roman sont violentes, crues et bien maitrisées, même si le coup du berserker nous sort plusieurs fois le « Jal cours vers le champ de bataille, trou noir, il se réveille au milieu de cadavres », un peu dommage car ça minimise ses talents de combattant.

J’ai vraiment apprécié ce roman à l’histoire classique mais au rythme et au suspense solides, aux personnages travaillés. Ce livre n’est pas d’une profondeur à toute épreuve mais il est très prenant, il m’a accroché. J’aime quand un roman arrive à être léger et divertissant tout en gardant sa maitrise narrative donc si vous êtes dans ce cas, allez-y, ça devrait bien se passer.

Lire aussi l’avis de : Blackwolf (blog-o-livre), Gilthanas (Elbakin), Audrey et Timo (Too Many Books),

4 réponses

  1. Encore une belle critique, merci 🙂 C’est un auteur dont j’entends beaucoup parler ces derniers temps mais que je n’ai jamais eu l’occasion de tester…

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