Le nombril du monde, Rock and druides

Quand l’héroïque blogueur galère à finir son gros pavé du moment, il peut être salutaire de se changer les idées en faisant une pause détente avec un petit livre fun, le temps d’un week-end pour souffler. Oh mais que voici donc dans ma bibliothèque ? Un petit livre des saisons de l’étrange : Le nombril du monde de Roland C. Wagner.

Je ne connais pas du tout cet auteur et j’ai attaqué le livre sans même lire la quatrième de couverture, donc je savais pas bien où j’allais atterrir. Il se trouve que je suis tombé dans une histoire de hard-rock et de sciences occultes, alors ça partait plutôt très bien pour moi ! Au début de ce petit livre de 130 pages on fait la connaissance de L’œil, bassiste amateur et taciturne qui participe à un tremplin avec son groupe du moment, pour la fête de la musique de sa petite banlieue parisienne. Après une prestation tout à fait honorable, le bonhomme va siroter sa bière en écoutant le groupe suivant qui se révèle être une catastrophe sonore rangée dans la catégorie « Hard-trash-death-speed-metal-core, avec une pointe de dark-grind-heavy-batcave », avec l’attirail sataniste qui va bien. Des bouffons rigolos quoi, jusqu’à ce que le chanteur se mette à vomir un ectoplasme surnaturel sur scène, donc leur satanisme va peut-être un peu plus loin que l’attirail.

Poussé par une curiosité tout à fait inhabituelle chez lui, L’œil va chercher à en savoir plus sur ce phénomène survenu à quelques heures d’une série de profanation au cimetière d’à côté, le tout dans un rayon de quelques kilomètres autour du menhir de la pierre aux moines… De là à parler de coïncidence, il n’y a que quelques bières… Et voilà le lecteur embarqué dans une enquête bien rock n roll au milieu des druides, des satanistes, des piliers de PMU et des scientifiques allumés. On suivra L’œil dans ses pérégrinations mais également Yasmine, enquêtrice de l’Agence Arkham qui revient dans ce coin où elle a grandi pour tirer cette affaire au clair. Ces deux personnages nous font découvrir deux facettes d’un même milieu social de banlieue. L’œil est un chômeur professionnel qui va de bistrot en concert, enchaine les binouzes et assiste à de grandes discussions philosophiques et sociales entre piliers de comptoir. Yasmine a fui une famille bien trop étouffante, le genre de délire old-school du grand frère sur-protecteur qui pense que sa mission sacrée est de servir de surveillant permanent, garant de la pureté de sa frangine. Sauf que Yasmine elle botte des culs aussi bien que les armoires à glace du quartier donc ça lui tape sur le système.

L’enquête part dans un délire très amusant de lutte entre deux camps opposés pour le contrôle du « nombril du monde ». Le côté « pulp » voulue par la collection est ici bien exploité, on est dans le surnaturel divertissant mais qui a le bon goût de ne pas partir « trop » dans le n’importe quoi. C’est bien déjanté avec ces cultes satanistes, ces druides, ces super-gorilles, ces menhirs magiques, mais c’est malgré tout bien ancré dans notre monde. C’est pulp mais avec des personnages attachants, dans un contexte social réaliste, avec une vraie tendresse pour ces banlieusards qui roulent leur bosse dans leur coin. C’est cet équilibre entre contexte crédible et délire surnaturel qui m’a beaucoup plu dans ce petit roman, on sourit souvent en suivant ces personnages à peine caricaturaux qui prennent vie sur ces pages. Ils sont tous très réussis et créent un univers séduisant dans ce Petit-Clamard des années 90 très évocateur et funky.

Comme je l’ai précisé, j’ai attaqué le roman sans lire la quatrième de couverture, et ne connaissant pas du tout l’auteur, c’est en écrivant cette chronique que j’ai réalisé que ce bouquin avait plus de vingt ans. Il fait partie d’une série baptisée Agence Arkham qui comporte 5 histoires parues en 1997 et 1998. Du coup je sais pas si Les saisons de l’étrange va rééditer d’autres épisodes de la série dans les futures « saisons » mais ça serait rigolo. En attendant je suis curieux de découvrir la bibliographie de l’auteur qui nous a malheureusement quitté en 2012.

Lire aussi l’avis de : Célindanaé (Au pays des cave trolls), Chut Maman Lit,

3 réponses

  1. Ouh, voilà qui m’intéresse ! Je n’ai pas assez lu R.C. Wagner et ce que tu en dis là me fait penser à un pitch digne de « the Laundry series » par C. Stross… Voilà qui est plus qu’alléchant !

  2. A lire le début de ta chronique j’avais peur d’un truc dans la veine du Temps du twist, mais ça a l’air de partir un peu moins en live, intéressant donc ^^

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.