Le fini des mers, Établir le contact

La quatorzième parution de la collection Une heure lumière chez Le bélial’ est une histoire assez ancienne de Gardner Dozois datant de 1973, Le fini des mers. Décédé très récemment, l’auteur était connu pour ses écrits mais surtout très respecté en tant qu’anthologiste et rédac’ chef du magazine Asimov’s Science Fiction, il a remporté une tripotée de prix pour tout ça.

L’histoire qui nous intéresse ici démarre comme un gros classique de la SF, comme le dit la quatrième de couv’ : « Un jour, ils débarquèrent ». Vous voyez le topo, les petits hommes verts arrivent dans leurs vaisseaux, premier contact, sont-ils méchants ou gentils ? Est-ce qu’ils savent jouer du piano ? Ils ont le téléphone ? Pourquoi ils ouvrent pas la porte ? Les gouvernements s’affolent, l’armée se pointe, les curieux se massent, mais tous ont du mal à établir le contact avec les quatre engins posés sur le sol américain (trois aux USA et un au Venezuela, haha les nazes, ils ont du prendre la mauvaise bretelle). Dans ce contexte, le lecteur découvrira l’histoire du petit Tommy, enfant évoluant dans un contexte familial et social difficile qui a son petit secret à lui.

Dozois alterne entre les chapitres sur « l’invasion » d’un point de vue général, où il explique assez objectivement/froidement tout ce qui se passe autour des vaisseaux, et les chapitres concentrés sur Tommy, plus intimistes, mystérieux et touchants. N’en dévoilons pas trop tout de même, mais j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire parce que ça se présente de manière archi-classique. Certes ça a 45 ans, mais le coup des vaisseaux mystérieux qui se posent au milieu de chez nous et restent hermétiques à toute approche humaine, depuis on en a vu pas mal et c’est un peu dur de voir ça comme une révolution aujourd’hui. En plus, il y a quelques trucs traités de manière assez bourrine (comportement du peuple, de l’armée, ou tout ce qui se passe au Venezuela). On mettra ça sur le compte de l’époque et de la jeunesse de l’auteur alors, d’autant plus que finalement, ça prend, et on comprend petit à petit où est l’intention.

C’est l’histoire du petit Tommy qui va venir épaissir tout ça, le petit homme est pas vraiment gâté par les circonstances avec un père violent, une mère soumise, des enseignants pas super compréhensifs. L’enfant vit dans son monde pour éviter cet entourage perturbant, et ne voit la crise des « aliens » que de très loin. En tant que lecteur de 2018, ce qui était peut-être un schéma familial classique dans les années 70 peut paraitre aberrant, la perversité avec laquelle ces enfants sont traités par tous les adultes est vraiment d’un autre temps (enfin j’espère…) mais résonne quand même dans notre inconscient collectif fait d’archétypes ici utilisés dans les grandes largeurs. Globalement c’est la coupure, le mépris et l’impuissance qui séparent le monde des adultes et le monde des enfants. Et là tu captes.

Le livre est construit sur un effet miroir, la relation enfants-adultes du monde de Tommy apparait comme un reflet de la relation humains-aliens de cette histoire d’invasion. Les uns se débattent pour exister, établir le contact, chercher le regard de l’autre alors qu’en face on ne leur renvoi que dédain, violence, une image d’insignifiance qui blesse et tue. Tu n’existes pas, dégage du milieu. Cette histoire qui m’ennuyait un peu dans sa première moitié arrive finalement à toucher son but en utilisant un thème archi-classique de la SF pour passer quelque chose de profondément humain, violent et touchant à la fois. Le contact extra-terrestre n’est pas forcément l’enjeu final dans Le fini des mers, il sert d’allégorie et de pourvoyeur de message, ce qui fait en général une bonne science-fiction.

10 réponses

  1. J’ai déjà, par principe, toutes les parutions de cette collection en ligne de mire, mais tu confirmes pleinement mon intérêt pour ce dernier, d’autant plus que les aspects « vieillots » ne me gênent généralement pas trop. ^^

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