La tour sombre, the last action hero

Par ma montre et mon billet, qu’est-ce qu’il peut se prendre dans les gencives ce premier film de La tour sombre ! L’adaptation de la saga de Stephen King, après avoir joué la patate chaude entre producteurs pendant 10 ans, sort enfin sous la direction de Nikolaj Arcel et internet me dit que je vais détester, surtout si je suis un fan des bouquins. C’est le cas. Merde alors.

Ce film raconte l’histoire de Jake Chambers, un enfant perturbé par des visions récurrentes d’un autre monde, où un pistolero poursuit un homme en noir. Au pied du mur lorsque sa mère décide de l’envoyer dans une institution spécialisée, le garçon s’enfuit et trouve un passage vers cet univers, l’entre deux mondes, ses visions étaient réelles. Le pistolero existe, l’homme en noir existe. Pas de bol, ce dernier repère Jake et se dit que c’est le candidat idéal pour son grand projet : Utiliser les enfants doués du « shining » pour détruire la tour sombre qui protège les différents univers.

La tour sombre reprend le schéma général du premier livre Le pistolero, a savoir la poursuite de Walter par Roland. C’est le même genre de trame simple qui introduit l’univers par toutes petites touches, mais il raconte une toute autre histoire en prenant beaucoup de libertés. Le fait de démarrer sur le point de vue de Jake et pas de Roland rend le début de l’aventure très déjà-vu, limite éculé : un enfant découvre un passage vers un autre monde, les adultes le croient perturbé, il se fait taper a la récré, mais en fait il avait raison, etc… C’est le début de film « Young Adult » classique, c’est Narnia, c’est l’histoire sans fin, c’est tout ces trucs pour ados. Et a un moment ça part en vrille.

Parce que si La tour sombre démarre comme ça, très vite il devient un peu trop glauque pour tomber dans ces clichés et on sent même qu’il en joue. Il fait des trucs que jamais un Disney ne tenterait dans un film tous publics pour ensuite partir vers un western fantasy où Jake et Roland vont vivre leur aventure à la poursuite de l’homme en noir. Et le film prend la forme du méchant méchant qui veut détruire le monde parce qu’il est méchant, et le héros doit le tuer. C’est le bien contre le mal. C’est classique et direct. Et quelque part… Putain ça fait du bien.

La tour sombre tente, en 2017, de faire un blockbuster modeste avec un budget relativement limité. Y’a un feeling très années 90 là-dedans, dans sa simplicité il évoque des classiques comme Willow,  Conan,  L’histoire sans fin, et de manière rigolote a beaucoup de points communs avec The last action hero (Ironique, n’est-ce pas ?). A l’époque des films de 2h30, des scènes de combat de 20 minutes, de la CGI ad nauseam, de l’exposition indigeste qui rentre pas dans ton film, La tour sombre est une petite bouffée de fraîcheur. Sa réalisation est sobre mais offre quelques trouvailles sympa, et surtout elle retranscrit très bien l’ambiance fantasy/post-apocalypse qu’on peut ressentir dans les romans, avec ces ruines SF recouvertes de poussière et de végétation.

Tout ceci marche surtout grâce à des acteurs au poil, le trio Elba-McConaughey-Taylor est parfait. La relation entre Roland et Jake évolue vraiment bien et on a aucun mal à éprouver de l’empathie pour leur duo (pour peu qu’on ne se soit pas déjà braqué contre le film, évidemment). Le ton général est assez sérieux mais arrive à glisser quelques petites vannes bien senties sans être trop relou. On regrettera un Jackie Earle Haley vraiment sous-exploité dans ce rôle de Sayre, et son combat final est un peu ridicule il faut le dire. Par contre les scènes des méchants déguisés en humains qui traquent Jake m’ont replongé directement dans la parano de Cœurs perdus en Atlantide (et oui, c’est lié à La tour sombre aussi ça), c’était vraiment chouette.

La critique qui revient souvent est que le film est rushé, qu’il va trop vite pour tout faire rentrer dans ses 1h30. C’est vrai surtout au début du film, l’exposition de la situation initiale de Jake et de ce qu’est la tour est balancée en 4 scènes qui ont l’air de sauter un peu du coq à l’âne. C’est ce qui m’a empêché de m’immerger dedans dès les premières minutes (en plus des ados abrutis qui gloussaient dans la salle). Mais une fois qu’on passe dans l’entre-deux-mondes pour la première fois ce défaut s’estompe et ça devient un film bien rythmé, efficace, qui va à l’essentiel, encore une fois c’est une qualité pour moi. Mais oui, on aimerait que certains plans durent un peu plus, non pas pour avoir plus d’explications mais simplement pour profiter un peu de l’ambiance et des décors.

Alors non, chers fans « trahis », y’a pas tout le world-building de la saga, y’a pas Eddie, Susannah, Ote, et putain, heureusement ! C’est le début ! C’est le même rôle qu’a eu Le pistolero pour l’ensemble de la saga : Une introduction simple et mystérieuse sur un univers qui semble bien plus riche, ça titille l’imagination et ça laisse la place à tout le reste. On va pas le condamner pour ne pas être bourré ras-la-gueule d’explications, on a mis 7 romans pour digérer ça dans les livres, plus tous les autres romans de King qui parlent de près ou de loin de la tour. C’est comme reprocher à Harry Potter 1 de pas détailler l’univers de toute sa saga. Et non, le film ne raconte pas la même chose que les romans, mais il garde l’esprit et l’essentiel des thématiques du Pistolero : La relation Jake-Roland-Walter, la quête bornée du héros, etc… Il inclut ensuite du background d’un peu tous les livres (les casseurs de rayons, les terres perdues…) pour arriver à quelque chose qui se tient vraiment bien en 1h30 et qui laisse de la place pour se développer dans une suite éventuelle (que j’espère vraiment voir arriver, si par miracle la lapidation généralisée et injuste n’a pas raison des projets du studio).

La tour sombre n’est pas un chef d’œuvre de fantasy épique, c’est pas un film profondément mythique qui va repousser les limites du cinéma. C’est une première pierre, un film direct, digeste et sain, le dernier représentant d’un cinéma populaire pop-corn tous public hérité du siècle dernier, qui divertit sans péter plus haut que son cul, tout en maitrisant son sujet. C’est l’anti-Disney/Marvel/Lucas. C’est pas parfait mais j’adore ça.

Lire aussi l’avis de : Durendal (parce que c’est le seul à avoir aimé comme moi 🙂 ), Nicolas Winter (Just a word),

12 réponses

  1. En voilà un qu’il ne faut pas que je loupe ! Je ne comprends pas non plus toute la mauvaise presse pré-sortie, car moi il semble être ce que j’en attends. 🙂

    • Je sais pas trop non plus, quand interne décide de pas aimer quelque chose y’a un espèce de cercle vicieux à celui qui tapera le plus fort.

      Y’a aussi des habitudes qui ont changé dans ce qu’on attend d’un film, en écrivant la chronique je me suis demande si des films des années 80-90 que je cite se feraient pas défoncer s’ils sortaient aujourd’hui (Willow, Conan, etc…)

  2. Dommage pour le rôle de Jackie Earle Haley, j’adore ce type depuis Watchmen et la série Human Target.

    Sinon, très bonne critique, qui aborde ce film comme il a été conçu et non selon des critères élitistes prout-prout.

      • Pas vu Preacher, mais là je suis fortement intéressé, du coup 🙂

        Ah oui, en Guerrero, il était magistral. Et comme en plus il y avait une super synergie avec les deux autres acteurs, ça donnait vraiment une excellente série, un de mes meilleurs souvenirs parmi les show récents.

  3. Celui-ci je l’ai coché et tu me rassures. Ta critique est excellente, et me donne vraiment bien envie. D’illuers je n’ai pas lu La Tour Sombre, alors les comparaisons m’importent et je ne risque pas de faire partie du public qui se sent trahi.
    Merci!

  4. Très bonne critique. Même si je ne suis pas aussi enthousiaste que toi, ce film n’est pas le navet annoncé. C’est loin d’être le film de l’année et mais ça se laisse regarder. Il y a deux aspect qui m’ont grandement agacé,le fait qu’il n’y ait aucun mystère autour de l’homme noir et ses plans. Puis, le fait que le film soit accès sur Jake, ce qui donne une ambiance teen movie énervante. Quoi qu’il en soit, je serai ravi de voir la suite et surtout les autres membres du Ka-tet à l’écran.

  5. Moi non plus je ne comprends pas les critiques, c’est un blockbuster honnête (surtout vu son budget) même si le mélange des genres peut être bizarre pour le non-initié. Et personnellement j’ai trépigné une bonne partie du film tellement j’ai trouvé excellente cette histoire qui arrive à introduire l’univers et à caser des références à l’ensemble de la saga. C’est pas parfait mais l’esprit est là !

  6. Je crois qu’il y a des gens qui n’ont pas compris justement que ce n’était que le début, c’est ça le problème. Le film se nomme juste du nom de la série entière sans précise qu’il y en aura d’autres ensuite.
    Du coup si on part avec dans la tête la série entière, c’est sur que ça doit être bizarre de ne voir que ces éléments la.
    Après je n’ai pas encore vu ce film, du coup je n’ai pas d’avis personnel dessus, on verra bien ^^

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