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La promesse du sang, Faire parler la poudre

Premier tome de la trilogie Powder Mage (cliquez ici pour aller sur la page de la série)

Dans la longue lignée des séries dont « Le début existe en français mais pour la suite tu peux toujours te brosser, ou acheter la VO », La trilogie des Poudremages de Brian McClellan est un cas d’école. Son premier tome, La promesse du sang, est sorti chez Eclipse (Panini) juste avant la disparition de la collection dans des gerbes de sang, de feu et de diarrhée éditoriale à base de « Oh mon dieu, ça ne marche pas, on va se recentrer sur nos publications merdiques mais rentables ».

       EDIT 03/2022 : Depuis la rédaction de ma chronique, Leha a annoncé la reprise de la série, et vous pouvez joyeusement vous jeter sur la nouvelle édition de ce roman et oublier mes râleries éditoriales ! Joie !

Pourtant, ailleurs l’auteur se construit une réputation très solide. Les avis de la blogosphère (ou blogo-pyramide, ou blogo-parallélépipède, ou blogo-cube, faut pas être géométriquement fermé) sont très positifs et enthousiasmants, tout en reflétant une histoire qui pourrait tout à fait être ma came. J’ai mis un peu de temps mais je me suis lancé dans l’aventure de ces fameux poudremages. Brian McClellan nous présente un univers fortement influencé par la révolution française et son époque, justement pile au moment d’une révolution. A Adopest, la capitale d’Adro, un complot arrive à son but en renversant le roi Manhouch et direction la guillotine pour le déchu, sa famille et à peu près toute la noblesse royaliste. Le maréchal Tamas fait partie du conseil à l’origine du coup d’état mais il va maintenant devoir assumer la reconstruction du pays, la cohésion du peuple et aussi la défense face aux pays voisins qui pourraient y voir une opportunité.

Oui, bon, raconté comme ça on peut se dire que c’est juste un gars qui a pris la révolution française, a changé les noms et sert sa soupe aux anglophones, mais détrompe-toi, lecteur, tu n’as encore rien vu (lu). La révolution n’est que le point de départ, l’auteur va ensuite tisser une toile de personnages et d’intrigues passionnantes à travers quatre points de vue : Il y a bien sûr Tamas, protagoniste vieillissant qui essaye de maintenir le pays à flot en déjouant complot et attentats. Nous suivrons aussi Taniel, son fils, soldat et fiancé bafoué qui va partir en mission à la poursuite d’une Privilégiée (on y reviendra) rescapée. Tamas va également mandater un enquêteur du nom d’Adamat pour mettre au clair une énigme qui le turlupine depuis la prise de pouvoir, et enfin, dans une moindre mesure nous aurons le point de vue de Nila, lavandière d’un duc déchu qui va prendre tous les risques pour protéger l’enfant de ce dernier d’un tour à la guillotine.

La trame va ainsi partir dans plusieurs directions, permettant des passages plus action et des chapitres plus axé sur l’enquête, les complots, l’espionnage, les trahisons. Ce qui est intéressant c’est que La promesse du sang reste finalement dans un cercle de protagonistes restreint, gravitant pratiquement autour de Tamas, pour nous dérouler petit à petit son univers original sans faire un gros déballage de world-building. Il y va progressivement pour ne pas rendre le tout indigeste, ce qui pourrait être le cas vu la densité du machin, mais en fait ça passe très bien. Ça tombe bien parce que le point fort de la saga est son univers original et dépaysant, fer de lance de ce que les inventeurs d’étiquettes fous ont rangé dans la Gunpowder Fantasy, et pour cause, la poudre elle est dans le titre.

On est donc dans une fantasy ambiance XVIIIe siècle, avec noblesse, ouvriers, rois, baïonnette et guillotine, y’a la panoplie complète. Par-dessus ça vous aurez un système de magie en partie basé sur la poudre à canon pour cette fameuse faction des poudremages (dont Tamas et Taniel font partie) qui peuvent utiliser la poudre en mode expert, elle leur sert de carburant, de drogue, de sonar surnaturel et, quand même, à tout faire péter. Ils sont les ennemis naturels des Privilégiés, des sorciers plus « classiques » souvent acoquinés à la royauté, qui se servent de gants spéciaux pour lancer des sorts. Dans une moindre mesure on a les Doués qui ne sont doté que d’un pouvoir particulier (des genres de mutants) et d’autres encore qu’on ne dévoilera pas. Mais tout ça est construit de manière cohérente autour d’un univers crédible avec sa mythologie, son système social, sa religion, tout ça mis en place avec brio.

Cette construction qui part d’un cercle intime de personnages pour nous dévoiler la grandeur de son background m’a permis de m’attacher d’abord à des protagonistes excellents afin de m’accompagner dans cet univers fouillé. C’est une démarche que je préfère largement à d’autres qui mettent la charrue avant les œufs en nous balançant un pâté de world-building à la gueule sans avoir la politesse de nous y immerger correctement avec des personnages intéressants. Mais là, Tamas, Taniel, Adamat, Ka-Poel, Nila, Olem et les autres sont tous intéressants dans leur caractère et leurs interactions, malgré leur nombre important qui pourrait dérouter. On regrettera des rôles féminins un peu en retrait en espérant que ça évoluera par la suite, mais on n’en tiendra pas rigueur à l’auteur pour un premier roman aussi réussi.

Et il y a enfin le rythme parfaitement géré, l’action lisible, fluide, pleine de suspense, cet art de tenir le lecteur de chapitre en chapitre, de coup de théâtre en rebondissement. J’ai terminé les 300 dernières pages quasiment d’un coup, car une fois immergé tout coule de source. Le lecteur reste plongé dans le bouquin, il en comprend les enjeux, les forces en présence, l’aspect religieux et mythologique qui prend son envol et donne à l’univers une nouvelle dimension pour finir sur une explosion réjouissante. C’est marrant, j’ai lu ça et là que McClellan ressemble à du Sanderson en moins abouti (sous prétexte qu’il a suivi son atelier d’écriture)… Mais franchement j’ai jamais eu l’impression de lire du sous-Sanderson, j’ai d’ailleurs fait le lien qu’en lisant des critiques et discussions après ma lecture…. Mais si vous tenez tellement à comparer, je dirai que si ça ressemble à son mentor sur certains points, c’est globalement supérieur parce que l’auteur des poudremages, lui, il sait gérer son rythme (paf).

Oui, La promesse du sang est une réussite, une œuvre dynamique, riche et originale. Donc, quand on me dit que la série n’aura pas son tome 2 en français, faute de vente malgré sa qualité, soyons honnête… Si tu t’appelles Panini et que Les poudremages ne se vend pas, ce n’est pas parce que « malheureusement il n’a pas trouvé son public », avec cette putain de belle couverture, c’est juste que tu as gravement merdé ton boulot.

Lire aussi l’avis de : Apophis (Le culte d’Apophis), Lutin82 (Albédo), Blackwolf (Blog O Livre), Phooka (Book en stock),

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Cet article a 29 commentaires

  1. FeydRautha

    Je ne veux pas être géométriquement fermé, mais je vote pour que la blogo-truc soit un icosaèdre.

  2. Apophis

    (Merci pour les liens)

    L’inventeur d’étiquettes fou, j’adore 😀 Complètement d’accord avec toi, aussi bien sur le bouquin que sur ces busards de chez Eclipse ou sur ces couvertures qui déchirent. Concernant les persos féminins, Nila monte énormément en puissance dans la suite, et Vlora devient un des persos principaux dans la seconde trilogie. J’ai hâte de lire ton avis sur la suite (je te rassure, la qualité ne baisse pas, bien au contraire !), du coup. Merci pour ton excellente critique 😉

    1. Merci a toi !
      Je vais pas tarder a lire le deux, j’ai acheté tous les romans de l’auteur d’un coup

    2. Thomas Bauduret

      Bonjour, l’intégrale de la trilogie (traduite par mes soins) va être réédité chez Léha, le premier tome paraît en avril (si je ne — docteur — m’abuse) dans une traduction revue et améliorée par mes soins. Et les deux autres tomes ne déméritent nullement…

    3. Thomas Bauduret

      Pour être directement concerné par la chose, oui, en effet, Panini a bien foiré sa sortie. Un grand classique que ces éditeurs qui ne font rien pour accompagner une sortie (pas même un résumé décent sur Zozon pour un autre titre) et ensuite poussent des cris d’orfèvre (comme dirait ce cher Alexandre-Benoît Bérurier) si ça ne se vend pas…

      1. L'ours inculte

        Ça ressemblait à ça de l’extérieur oui. C’est cool que leha ait relancé la série en tous cas. Et félicitations aussi pour malice, je viens de voir ton nom sur la fiche amazon

  3. Halala Panini, je ne compte plus le nombre de fois ou j’ai râlé sur eux pour cette même raison !
    Ils avaient un bon catalogue en plus c’est déprimant de voir tout ça abandonné 🙁

    Bref, je suis contente que tu l’ai apprécié et j’ai hâte de le relire ^^

    1. Oui, entre les poudremages et les django wexler ils ont bien foire leur coup

  4. Systia

    Elle est sympa ta chronique, j’me suis bien marrée 😀
    (Oui, c’est tout ce que j’avais à dire.)

    1. Tout à fait, ça fait une version d’essai avant de tomber dans la VO 😀

  5. Boudicca

    Ça fait très longtemps que je veux le lire celui-là mais, comme tu le dis, c’est terriblement frustrant de savoir que la suite n’a pas été traduite ! Belle chronique en tout cas 🙂

    1. Oui, après on peux toujours lire seulement le 1, ça fait un très bon moment, mais faut être immunisé à une certaine frustration

  6. Lutin82

    Critique super sympa, et je suis d’accoird avec ta conclusion. Ils ont merdé grave question éditoriale!!!
    je vote pour un blogo-truc, également.

    Je suis très heureuse de voir que le roman t’as emballé. Pour la comparaison avec Sanderson, outre, l’atelier d’écriture, c’est surtout cette base rationnelle à la magie de McClellan qui fait la « filiation ». En revanche, je n’ai jamais eu la sensation de lire du sous-Sanderson, et comme tu le soulignes, le rythme est nettement plus accaparant. (Pourtant j’adore Sanderson).

  7. Zina

    J’en ai déjà pas mal issus de cette lignée là, donc je vais attendre de les avoir fini avant d’en ajouter d’autres même si j’entends toujours beaucoup de bien sur celui-ci en particulier !

  8. Ravena

    Bonjour
    Brian McClellan à corriger (à la place de McClennan) au début de cette belle chronique