Interstellar, universal war zero

La conquête spatiale ne m’a jamais fait rêver, je trouve ça débile de dépenser autant de ressources et d’énergie pour aller explorer ou exploiter d’autres planètes, on a assez d’espace à pourrir ici et si par malheur la Terre devient invivable on ne pourra s’en prendre qu’à nous-même et c’est pas la peine d’aller faire la même chose partout ailleurs. Crevons dans la dignité, chers amis humains.

Donc ça part pas très bien, vu que c’est précisément le pitch de départ d’Interstellar, où les Nolan Brothers nous présentent une terre dans un avenir proche où les tempêtes de poussière balayent la planète et les humains galèrent manifestement pour se nourrir. Outre la tendance à résumer le monde aux USA, le film nous dépeint un futur plausible et cohérent où l’être humain revient à des besoins plus essentiels, comme il est expliqué on a plus besoin d’agriculteurs que d’ingénieurs, la terre devient aride et les cultures pourrissent les unes après les autres. Évidemment, on peut s’interroger sur la stupidité de la monoculture intensive de maïs quand on crève la dalle mais ça ne perturbe pas notre héros, Joseph Cooper, ancien pilote de la NASA frustré parce qu’il est devenu un paysan comme tout le monde par la force des choses.

C’est là que monsieur va retomber sur une base secrète de la NASA qui prépare une expédition pour trouver d’autres planètes vivables et tous se casser d’ici parce que ça pue trop la merde, ça tombe bien, ils avaient besoin d’un pilote ! Oui, ils préparent une expédition depuis 10 ans et avaient oublié d’en former un, ils s’en rendent compte la veille du départ. Mais c’est le destin, on vous dit ! Bon, je suis sarcastique mais dans l’ensemble la chose est très bien amenée, c’est toute la magie d’Interstellar, quand on réfléchit et qu’on prend du recul dessus y’a plein de trucs débiles, de petits détails qui font un peu tiquer les plus pointilleux, mais au moment de la projection tout passe nickel, la suspension d’incrédulité fonctionne à merveille.

Premier point, Cooper est joué par un Matthew McConaughey magistral dans son rôle bi-classé scientifique/redneck bourrin, il fait bizarrement preuve d’une subtilité énorme et son comportement reste cohérent tout le long, le monsieur arrive même à nous arracher quelques larmichettes dans une scène où il ne dit rien devant son petit écran de communication. Le reste du casting est très bon aussi mais certains personnages sont très en dessous du héros niveau écriture, à commencer par Anne Hathaway en sidekick profondément débile que toute personne aurait viré à gros coup de pied au cul après son comportement sur la planète aquatique, et sa tirade sous LSD à propos du pouvoir de l’amour mérite bien un Marion Cotillard Award.

Globalement tous les membres de l’expédition manquent cruellement d’épaisseur, McConaughey doit porter tout seul tout ce pan de l’intrigue mais côté Terre ça se passe un peu mieux quand même, les personnages de Murphy et de Brand restaurent l’équilibre dans l’échange permanent entre la Terre et l’espace. Pourtant, ce n’est pas dans les moments de délires SF qu’Interstellar touche le plus le spectateur, mais bien dans les moments plus intimistes, dans les relations entre Cooper et sa fille Murphy, dans la quête de ces scientifiques, les sacrifices, les drames et les moments de calme.

Mais les Nolan font du Nolan, et cet aspect-là fonctionne à merveille. Interstellar est une horloge finement réglée ou le film repose sur de la mécanique narrative précise, ça rappelle Inception ou Memento par ce soucis du timing et de différents engrenages qui tournent de concert pour finir sur un tableau d’ensemble travaillé et cohérent. Les bases scientifiques de ce qu’on nous racontent peuvent être un peu survolées et floues mais « Fuck it », ça fonctionne et on voit pas passer les 2h50 (!!) et la touche un peu borderline-fantastique nous rappelle que « merde, c’est un film, on pond pas une thèse d’astrophysique ». Les plus bédéphiles d’entre vous ont déjà souligné un parallèle avec ce qui est sans doute la meilleure BD de SF de tous les temps (non, taisez-vous, c’est incontestable, point), Universal War One, à tel point qu’on croirait en voir une préquelle, ça vous donne une idée du truc.

Et bien sûr il y a la réalisation, entre une terre quasi-dévastée et des vaisseaux en mode SF réaliste un peu sale, Nolan joue dans le sobre et efficace. Mais c’est dès qu’on jette un œil par le hublot que ça prend vraiment, les environnements des différentes planètes et de l’espace sont magnifiques, la maitrise formelle du réalisateur n’est plus à démontrer (mais il le fait quand même…). Et un petit merci à Nolan d’être une tête de mule qui refuse la 3D, ça m’aura évité de galérer pour choper une séance en 2D.

Interstellar est un très beau moment de cinéma qui soulève des sujets intéressants, en plus d’être un très bon divertissement. Même s’il n’atteint pas la maitrise d’un Inception, ses défauts n’ont pas réussi à me sortir du film et donc c’est une réussite.

2 réponses

  1. Je suis pas d’accord avec ton intro, les étoiles c’est notre passé, et probablement notre avenir, de plus beaucoup de choses on été inventé grâce à l’astronomie, d’astrophysique et la physique en général, qu’on aurait peut etre jamais découvert si les hommes n’avait pas assayé de comprendre l’univers (les infra rouges, UV, rayons X, Gamma etc qui dont utilisé dans la medecine, pareil pour l’IRM, la periodicité des éléments, même les lasers et les transistors viennent un peu de là, sans parler des satellites qui nous ont apporté la communications qu’on a aujourd’hui, les GPS etc…).

    Les budgets alloués à l’exploration spatiale, en plus d’être plutôt faible, même pour un pays comme les Etats Unis (quelques chose comme 0,05% du budget annuel), on des conséquence très positives sur la technologie et la compréhension du monde. La fusion nucléaire qui est, espérons, l’avenir de l’energie et la fin de la crise et de la guerre pour les energie fossiles, existe en grande partie grâce à notre compréhension des étoiles. (la bombe H aussi, mais bon…)

    Bref, la science, c’est bien, et il faut se donner des objectifs immense pour avancer. Et faut pas oublier que la terre est condamné, quoi qu’on fasse, que ce soit dans 300 ans à cause de la pollution ou dans 4 milliards quand notre soleil mourra, il faut préparer l’humanité à la suite.

    • Je ne critique pas la science en elle-même, ni l’exploration spatiale (je me suis p’tetre pas exprimé très clairement), mais seulement le fait de vouloir coloniser d’autres planètes alors qu’on n’a même pas réussi à changer nos habitudes ici…

      Après, l’exploration pour la compréhension de l’univers oui, là on est d’accord 🙂

      Comme disait l’autre, science sans conscience n’est que de la grosse merde en barre (ou un truc comme ça)

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