Hellblade : Senua’s sacrifice, knockin’ on hell’s door

Après avoir sorti plusieurs jeux d’action pour différents gros éditeurs (Heavenly Sword, Enslaved, Devil May Cry), le studio anglais Ninja Theory a décidé de se lancer en indépendant complet sur Hellblade. Histoire de viser un peu haut, ils ont pondu un jeu 3D techniquement à la pointe qui va parler de psychose et de légendes nordiques. Genre on a pas peur.

Hellblade : Senua’s sacrifice nous fait suivre l’aventure d’une jeune guerrière celte qui débarque en terres nordiques. Elle va traverser des paysages cauchemardesques en compagnie du joueur qui découvrira son histoire et ses motivations au fur et à mesure (c’est pour ça que je resterai très vague sur ce sujet). Le gros soucis de Senua est qu’elle est atteinte de psychoses graves, elle entend des voix, a des visions, des absences, et c’est la grande trouvaille qui va différencier Hellblade d’un jeu d’action lambda. Les développeurs ont poussé à fond leurs recherches sur les maladies mentales pour les retranscrire au mieux pour le joueur. Comme l’histoire se déroule dans un contexte pas joyeux, les troubles de l’héroïne verseront très souvent dans le cauchemardesque bien glauque, donnant au tout une touche de « Silent Hill chez les vikings ».

Les psychoses de Senua se manifestent tout d’abord par les voix qu’elle entend constamment, qui commentent tout ce qu’elle fait, qui crient, doutent, rigolent et pleurent. Et pour mieux profiter de ces voix, le jeu nous conseille de mettre un casque et y’a pas photo : Au casque, l’effet 3D binaural sur ces voix marche très bien. Les voix passent d’un côté à l’autre, crient ou murmurent et on a vraiment l’impression d’être taré nous aussi. Mais ces voix n’ont pas qu’un rôle narratif, elles participent également au gameplay puisqu’elles nous préviendront pendant les combats si un ennemi est dans notre dos, ou qu’un coup arrive et qu’il nous faut l’éviter.

C’est pas superflu parce que Hellblade propose des combats assez longs, et la caméra est très proche du personnage. Ça participe à l’immersion par rapport à Senua mais ça apporte aussi un côté très « intime » aux combats. Contrairement à d’autres jeux, on n’a pas une vision large de la scène donc une baston contre deux ou trois ennemis donne directement l’impression d’être acculé, d’autant plus que les méchants sont deux fois plus grands que la protagoniste. Le système de combat est assez basique mais très efficace, on découvre naturellement toutes les capacités et on bourrine bien en apprenant les patterns de tout le monde.

Pourtant, c’est pas vraiment un jeu d’action pur, ces combats ponctuent le parcours de Senua mais la majorité de votre temps vous le passerez… à marcher et regarder le décor. Le jeu à un gros côté « walking simulator », la jeune femme traversera des zones où ses visions, les voix dans sa tête et ses souvenirs dérouleront l’histoire. Vous aurez aussi à résoudre pas mal d’énigmes à base de formes à retrouver dans des décors, assez bien intégrées au contexte pour ne pas paraitre superflues mais nécessitant de la patience et de l’observation. Je suis pas un joueur très contemplatif ni patient d’habitude mais je dois avouer que jamais je ne me suis ennuyé. L’histoire, sans être exceptionnelle, est révélée d’une telle manière qu’on reste accroché aux basques de la guerrière.

Et pour enfoncer le clou, le jeu est splendide. Les décors sont magnifiques, Senua est modélisée et animée à la perfection. La direction artistique rend vraiment bien cette ambiance de terres vikings crépusculaires, avec ses rivages déserts frappés par la pluie, ses ruines marécageuses, ses villages réduits en cendres. J’ai passé beaucoup de temps à avancer lentement en admirant les paysages et les effets de lumière. Vous êtes partis pour un voyage magnifique, et surtout flippant. Cette traversée de contrées nordiques infernales peuplées de dieux, de monstres et de visions cauchemardesques est bluffante. On suit une guerrière torturée par son propre esprit, qui oscille entre le désespoir et la rage, qui affronte ses démons (littéralement) et fait preuve d’un courage et d’une ténacité impressionnants.

Ça ne conviendra peut-être pas à ceux qui jouent avant tout pour le gameplay car celui-ci est au final limité, ça bastonne mais le jeu est très contemplatif, on avance dans des zones fermées en suivant l’histoire, on déverrouille des petits totems qui nous racontent des légendes vikings, on fouille les décors pour trouver des formes géométriques. J’ai pris beaucoup de plaisir à parcourir ce jeu, mais je comprends que les malades de systèmes de combat profonds vont trouver celui-ci léger, les amateurs de liberté de jeu vont le trouver beaucoup trop linéaire, les fans d’action vont le trouver lent. Si un jeu d’ambiance ne vous rebute pas, vous allez embarquer dans un voyage glauque, passionnant par son ambiance et le traitement de son sujet. Hellblade : Senua’s sacrifice est un des jeux les plus marquants de cette année.

Si ça vous intéresse, vous pouvez retrouver sur youtube trois ans de making-of qui ont suivi le développement du jeu, ils en expliqueront les coulisses, que ce soit sur la technique, les thématiques, le son, etc…

Hellblade : Senua’s Sacrifice est disponible sur Playstation 4, GOG et Steam

 

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