Hannibal, le silence des barjots

 Hannibal Lecter est le personnage mythique de deux excellents romans de Thomas Harris, il est passé tout d’abord quasi-inaperçu au cinéma dans un premier film de Michael Mann « le sixième sens » puis a été propulsé par l’interprétation d’Anthony Hopkins dans leurs deux adaptations suivantes « Le silence des agneaux » puis « Dragon Rouge » (Non, ne me parlez pas d’ « Hannibal », j’essaye d’oublier que ce volet a existé depuis des années).

Après tout ceci (et un film « origines » que j’ai pas vu), les ricains débarquent avec l’idée pas du tout prévisible de faire une série en se basant sur le personnage hautement bankable et reprenant les protagonistes de Dragon Rouge, mais avant la rencontre de Will Graham et du Dr Lecter. Je parlerai ici exclusivement de la première saison de la série car je n’ai pas encore vu la seconde. Cette saison commence en nous présentant l’agent spécial Will Graham, consultant du FBI qui a la faculté particulière de se mettre dans la peau des tueurs qu’il poursuit. Oui, consultant du FBI avec une capacité spéciale, on nous l’avait jamais faite celle-là, merci… Et même si le héros de Dragon Rouge a ce même talent, dans la série ça apparait tellement comme un super-pouvoir magique (effets visuels à l’appui) que ça perd beaucoup de son côté psychologique, c’est dommage.

Si on s’en tient au côté tueurs en série/enquêtes, la série Hannibal est un très mauvais cop-show, quelque part entre un CSI sans inspiration et le côté gore d’un slasher de seconde zone. On a droit à des plans beaucoup trop nombreux, longs et explicites sur les corps mutilés, des techniciens scientifiques sans personnalité qui font de mauvaises blagues sur les lieux des crimes, le héros torturé par les scènes de meurtre qu’il étudie, avalanche de gros clichés, tous aux abris ! Mais ce qui sauve la série du naufrage pathétique, justement, c’est Hannibal, la pièce rapportée qui trimballe sur ses petites épaules la totalité de ce qui fait la force du programme.

Hannibal a toujours fasciné par l’opposition entre son côté cultivé et la sauvagerie de ses crimes, et le premier des challenge aura été de passer après Hopkins dans les costards taillés sur mesure du rôle. De ce côté-là, banco, mission accomplie, Mads Mikkelsen porte tout ça avec un talent hallucinant, tantôt froid et cruel, tantôt charmeur et attentionné, j’irai presque jusqu’à dire que je le préfère à ses prédécesseurs. Oh bon, allez, je confirme, c’est le meilleur acteur pour le rôle, voilà, c’est dit. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, un bon Hannibal Lecter ne suffit pas à faire une bonne adaptation, car les histoires d’Harris ont toujours reposé sur un échange et le cannibale le plus célèbre du cinéma n’est rien sans les histoires qui sont bâties autour de lui.

La principale force de la série n’est donc pas forcément le personnage en lui-même, même s’il est excellent. Le fait d’avoir intégré le psychiatre cannibale dans les enquêtes au fur et à mesure lui permet de semer les graines de sa manipulation perverse par petites touches (trop ?) discrètes et de voir évoluer sa relation avec Will Graham, Jack Crawford et les autres. On supporte donc les tics regrettables propres aux séries policières états-uniennes bien racoleuses pour voir l’évolution globale et la dynamique des relations entre les personnages et à partir de la mi-saison ça commence à payer, ça prend une tournure de thriller psychologique maitrisé et plus intéressant que ne le laissait entrevoir les premiers épisodes.Et même si je regrette la tendance un peu trop poussée à montrer du gore pour faire genre, la réalisation et le visuel de la série sont vraiment de qualité, l’image est simplement magnifique.

Cette opposition entre le très bon thriller psychologique d’un côté et l’enquête policière neuneu basique de l’autre m’a fait hésiter, on est passé très près d’un gâchis monstrueux mais la saison passe en Fosbury pour déployer son potentiel malgré ses défauts, la saison 2 partira d’un contre-pied final bien rigolo et promet un meilleur équilibre.

2 réponses

  1. Du coup je me ballade un peu sur ton blog… Je te rejoins tout à fait sur la qualité visuelle du show. Du coup tu as vu la saison 2? Parce que je l’ai trouvé excellente, le côté « psychologique » est encore plus exacerbé.

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