Game of thrones Saison 1, Telltale copie-colle

 Avec The Walking Dead et The Wolf Among Us, le studio Telltale a remis au goût du jour une  catégorie de jeux purement narratifs. La première saison de Walking Dead avait retourné à peu près tous les joueurs par la force de son histoire, de sa gestion du rythme et des personnages. Leur recette épisodique se décline maintenant avec toutes les licences juteuses sur lesquelles ils ont pu mettre la main, les dernières sorties étant Borderlands, Minecraft (?) et celle qui nous intéresse ici, la plus populaire de toutes : Game of Thrones.

The bucheron family

Le jeu est sorti sur à peu près tout ce qui peut faire tourner un jeu vidéo actuellement (à part les consoles Nintendo, faut pas déconner non plus…) découpé en six épisodes téléchargeables, mais vous pouvez maintenant acheter la saison complète en boite et avec les sous-titres français grâce aux bons soins de Focus. Pour ne pas trop empiéter sur les plates-bandes de sieur Martin (l’auteur des bouquins pour ceux qui suivent pas, mais alors vraiment pas du tout), Telltale a fait le même choix que leurs collègues de chez Cyanide à l’époque de leur adaptation : rester dans l’ombre de la saga de base en racontant des sous-intrigues se passant là où le lecteur des livres ne regarde pas.

Ainsi, nous suivrons le destin cruel de la famille Forrester, bannerets de la maison Stark. Au début de l’aventure, les guerriers festoient tranquillement devant les Jumeaux où est célébré le mariage d’Edmure Tully et Roslin Frey, qui sera bientôt connu comme les tristement célèbres Noces Pourpres. Dans la soirée, la trahison mène les Bolton et les Frey à dégommer tous les nordiens qui trainent dans leur cour, les Forrester en font partie. C’est la débandade, sauve qui peut. Après tout ça, la famille doit se réfugier dans son château Ironrath et nommer un nouveau Lord tandis que les vainqueurs viennent à leurs portes exiger la soumission des survivants. A partir de là, le jeu suivra plusieurs intrigues en parallèle, à l’image des livres ou de la série, jouant sur les cuts et les coups de théâtre pour faire monter la tension.

game-of-thrones2You know nothing, John Wood

Nous suivrons donc tout ce qui se passe à Ironrath à travers les enfants qui sont toujours au château, dans une lutte de pouvoir opposant Forrester et Whitehill. Le jeu nous emmènera également sur le mur grâce à Garred Tuttle, écuyer de Papa Forrester envoyé dans la garde de nuit « pour son bien ». Bien sûr, nous plongerons aussi dans les intrigues de cour de King’s Landing car Myra Forrester y séjourne en tant que camériste de Margaery Tyrell et fera tout pour aider sa famille en apprenant l’art du complot sur le tas. Et enfin, un petit tour à Essos s’impose, car nous y retrouverons Asher, qui s’amuse avec une troupe de mercenaires depuis qu’il y a été exilé.

Le trône de bois

Les premiers épisodes sont vraiment efficaces dans leur construction et leurs rebondissements, la tension va crescendo et les drames s’accumulent. On s’attache à la famille Forrester et on a qu’une envie, les voir se relever et défoncer la gueule à tout ce beau monde. Le joueur devra gérer les décisions des personnages à chaque moment important des négociations : Faire profil bas pour sauver le petit frère tenu en otage ou se dresser fièrement au mépris du danger, désigner tel ou tel vassal pour nous suivre sachant qu’un traitre est parmi eux, se rendre désarmé chez l’ennemi pour négocier une reddition, ou encore le binaire « Sauvez machin ou truc ».

Techniquement, le studio californien est toujours clairement à la ramasse, leur moteur se roule par terre en crachant tripes et boyaux alors que ce sont des environnements très limités et pas graphiquement époustouflants non plus. Les animations sont pauvres, sautent régulièrement, le jeu rame et freeze à longueur de temps (sur PS4 !). Ils ont cependant tenté de planquer ça sous une direction artistique impressionniste avec un filtre « vitraillifiant », donnant un rendu de peinture très joli à l’image tant qu’on reste assez loin du sujet (les paysages sont superbes) mais qui pique les yeux si on est trop près. Au final c’est du Telltale classique : C’est un peu beau mais pas fou fou, pas optimisé du tout, mais comme l’intérêt est dans l’histoire on peut accepter de fermer les yeux.

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Sauf que dans la deuxième moitié de cette saison on commence un peu à tourner en rond, les Forrester pataugent à Ironrath car le schéma « oh mon dieu, Whitehill arrive, que va-t-on faire ? » se répète deux trois fois. Mais surtout, on réalise que derrière ces nouveaux personnages, Telltale s’est contenté de « reskinner » la famille Stark et nous ressort exactement les mêmes schémas narratifs que l’histoire originale : Les enfants sont éparpillés dans le monde pour nous faire « voyager », Garred joue exactement les mêmes ressorts scénaristiques que John Snow à la garde de nuit, Myra est une Sanza à peine déguisée qui ne sert qu’à croiser Tyrion et Cersei (qui ont un comportement pas du tout cohérents avec leur personnage de base, en passant) et faire un peu de politique. Maman Forrester est un clone de Catelyn Stark, Rodrik crierait presque « King of the north » au milieu de son château, etc…

L’adaptation flemmarde

Il y a une impression de déjà-vu constante et très emmerdante pour moi, seul Asher arrive à paraitre « inédit » dans ses problématiques et sa relation avec sa complice Beshka, de loin l’histoire la plus convaincante du jeu. Ça conviendra peut-être à tous ceux que ça ne dérange pas de rejouer la même histoire, on peut tout à fait trouver un intérêt à ça si on est fan mais moi ça m’a un peu gonflé. J’aurais préféré que Telltale propose une vision à eux de l’univers, comme ce qu’avait pu faire Cyanide dans leur adaptation qui était loin d’être parfaite mais qui proposait une histoire bien intégrée à l’univers tout en ayant une personnalité propre.

Une vanne trouvée sur theyoungfolks.com qui m’a fait rire (click ze image)

Et enfin, dernier point qui me dérange, le côté « fataliste-dark-c’est trop dur la vie » de Game of Thrones est usant. Je pense la même chose des tomes 4 et 5 du roman, et de la 5e saison de la série, donc ne vous étonnez pas : La saga ne donne plus jamais au lecteur/joueur/spectateur une résolution satisfaisante pour aucun personnage, pas de victoire, pas de vengeance, rien qui se passe bien à aucun moment. Le dénouement se résume à savoir si untel va mourir comme une merde ou arriver à s’échapper en rampant sans perdre ses deux jambes, mais jamais de victoire à proprement parler. C’est un peu la marque de fabrique de George R.R. Martin, mais c’est frustrant de voir les héros auxquels on s’attache être réduit à l’état de petites fourmis qui s’agitent dans tous les sens sous la botte impitoyable de l’auteur. Et Telltale reprend à son compte cette tendance avec sa fin où personne n’arrive à rien. Mais merde, statistiquement y’a bien quelqu’un qui devrait arriver à faire quelque chose de constructif même dans le plus cruel des univers, non ?

Au final, le Game of Thrones de Telltale est un jeu qui se fait sans déplaisir mais qui ne cherche jamais sa propre voie, préférant rester bien sagement dans les pas de la saga originale en faisant des clins d’œil aux fans inconditionnels toutes les deux minutes. Ceux-ci prendront leur pied en vivant l’aventure de la famille Forrester, les autres s’attacheront aux personnages mais buteront sur les défauts techniques et le côté trop « copier-coller » d’un jeu écrit sans grande inspiration et sans identité propre, la tension étant entretenue par des tours de passe-passe scénaristiques mécaniquement très efficaces mais jamais très innovants.

Lire l’avis de : Gautoz (Gamekult),

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