Tyrant’s Throne (Greatcoats 4), l’appel du devoir

En découvrant la suite d’une série très appréciée, certains lecteurs peuvent avoir cette impression  de replonger dans un univers bien à eux, voire de retrouver des amis de longue date avec qui ils vont vivre une aventure et discuter au coin du feu. Chez moi c’est très rare. Pourtant c’est bel et bien ce que je ressens en attaquant le quatrième tome de la série Greatcoats de Sebastien de Castell.

Ceux qui suivent ce blog savent à quel point j’ai apprécié les trois premiers livres de cette série (dont un seul est paru en français pour le moment chez Bragelonne, qui n’a pas l’intention de se presser pour la suite). Dans ce Tyrant’s Throne, j’ai eu le plaisir de retrouver Falcio, Brasti et Kest qui sont sur le point d’accomplir leur but et de donner vie au rêve du roi Paelis. Mais les dernières étapes du processus ne cadrent pas vraiment avec les prérogatives des Greatcoats.  Politique, négociation, gestion du royaume, nos héros ne servent à rien dans tout ça donc ils sont envoyés en Avares, un pays voisin où les clans barbares s’agitent et préparent même une invasion, d’après la rumeur. Et voilà nos trois super-manteaux qui partent pour voir de quoi il retourne en laissant les comploteurs de la cour comploter tranquillement. Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises, les fraiches contrées d’Avares cachent une machination qui va déstabiliser tout le monde.

Dans la forme, la série ne change pas, tout nous est encore raconté à la première personne du point de vue de Falcio Val Mond. Le livre de presque 600 pages se compose de courts chapitres d’une dizaine de pages pour garder le rythme, et chacun se termine sur une pirouette, une révélation ou un nouveau danger qui surgit. Lire un roman de Sebastien de Castell, c’est partir pour un tour de montagnes russes qui ne ralentit jamais. Certains n’accrocheront sûrement pas à ce côté un peu « too much » mais moi j’adore. Chaque livre de la série s’amuse à mettre à l’épreuve l’idéalisme des Greatcoats face à un danger particulier, la corruption, la religion, ou tout autre aspect pragmatique qui peut se mettre en travers de la route de Falcio. Ici, le magistrat devra surtout se mesurer à lui-même : Que fait-on quand son propre devoir s’oppose à son idéalisme ? Et bien manifestement, la réponse est « tout part en vrille ».

Falcio est perdu et ne sait plus quoi faire, la série explorait déjà dans le tome précédent cette colère mais là on passe à un autre niveau, il part complètement en cacahuète et aura besoin de tout son entourage pour garder le cap, mais ça sera pas sans un peu de casse. La montée dramatique est encore gérée avec brio, dans certains passages on est scotché au bouquin sans pouvoir le reposer tellement tout s’enchaine sans temps mort. De Castell s’amuse encore à poser des situations inextricables, des pièges ou des combats désespérés où il faudrait un miracle pour pouvoir s’en sortir. Parfois le miracle se produit, et parfois c’est le drame qui prend sa place. J’ai quand même parfois eu l’impression que l’auteur répétait des schémas déjà lus auparavant (comme la scène dans la salle du trône), mais je m’éclate tellement à chaque fois que je lui pardonne sans problème.

Cette série a une aura assez spéciale, son world-building est caractéristique de tout ce qu’on lit de plus sombre en fantasy, mais il oppose à ce monde des personnages idéalistes qui semblent venir d’un autre univers, ou d’un autre temps. Sebastien De Castell a fait sien une des grosses tendances de ces dernières années en la retournant complètement, au nihilisme de la grimdark fantasy il oppose un idéalisme extrême, et toutes les problématiques de son univers viennent de cette opposition. Parce que les actions héroïques des Greatcoats ont parfois des répercussions dramatiques dans un monde aussi sombre et réaliste, parce que parfois les tyrans assurent au pays une certaine stabilité, alors qu’une noble cause n’aide pas les paysans à manger. L’aller-retour constant entre le pragmatisme et l’idéalisme participe à ce côté « roller coaster » où le lecteur ne sait finalement jamais ce qui serait la bonne solution, mais on en voudrait à Falcio de laisser tomber ses idéaux.

Chaque tome de la série se tient très bien tout seul mais on retrouve dans cette conclusion tous les petits éléments que l’auteur a semé dans son lore, l’air de rien. Tyrant’s Throne regroupe tout dans une conclusion explosive qui renvoie à chacun des romans qui ont précédé. On retrouve les ducs, les chevaliers, les saints, les dashini, les bardatti, toutes ces petites pièces d’un royaume explosé reprennent leur place et leur contexte pour donner au lecteur un aperçu de l’ancienne Tristia, l’idéal perdu et perverti. Tyrant’s Throne confronte à tout ça ce peuple « barbare » dont les valeurs tournent toutes autour de la guerre et de la férocité. Très cliché au début (les barbares bourrins venus du froid qui veulent envahir les gentils civilisés, mouaip…), la découverte progressive de leurs vrais modes de pensées, de leurs coutumes, font démentir cette première impression pour en donner une vision satisfaisante.

La force qui tient tout ça en place est encore une fois la dynamique entre tous les personnages, Kest, Brasti, Falcio, Darriana, Morn, Ethalia, Valiana, tous se renvoient la balle et sont crédibles dans leurs rôles respectifs. Les dilemmes qui leur sont posés vont les faire se déchirer ou se soutenir, l’amitié (ou l’inimitié) qui les lie se ressent et rend certaines scènes très poignantes. L’écrivain fait toujours un boulot merveilleux pour nous communiquer la tension et les sentiments de ses protagonistes, la rage, la peur, le désespoir, mais aussi la confiance, la force et la camaraderie. C’est tout ça qui rend cette série si particulière, elle n’est pas cérébrale, elle a du cœur, elle prend aux tripes. Et son humour aussi, faut pas l’oublier, les dialogues ne perdent jamais de leur mordant, et augmentent encore l’attachement qu’on éprouve pour ces personnages. De Castell arrive encore une fois à mélanger drame et fun dans un numéro d’équilibriste impressionnant.

C’est toujours un peu triste d’arriver au dernier tome d’une série qu’on apprécie, mais celle-ci est une des rares que je relirai avec grand plaisir. C’est du fun et de l’action non stop, ça parle d’idéal, d’amitié et de justice. Ça me donne la pêche. Maintenant, j’ai hâte de découvrir ce que Sebastien De Castell nous réserve pour la suite ! Quoi ? Que lis-je ? Il a sorti un autre roman seulement quelques semaines après celui-ci ? Bon, d’accord, j’y vais tout de suite…

Les autres livres de la série : Traitor’s Blade (tome 1), Knight’s Shadow (tome 2), Saint’s Blood (tome 3),

Une réponse

  1. Cool!
    Je suis ravie que la suite soit à la hauteur.
    J’avais trouvé intéressant et en même temps en décalage ce côté drak fantasy déployé avec habileté et ces personnages (enfin Falco) idéaliste. Dans le tome un, je trouve qu’il pêche un peu. Mais, c’est un premier roman aussi.

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