Dragons 2, Dreamworks enfonce le krok

Les dragons, on nous en a tellement servi qu’on connait tout de leur comportement classique, de leur symbolique mystique sage ou de leur cruauté destructrice, on en a un peu fait le tour. Mais le premier (excellent) épisode de la saga de Dreamworks nous les montrait sous un jour nouveau, il nous les montrait comme des animaux, simplement, et c’était peut-être là la meilleure chose à faire.

Dans cette suite, on retrouve Harold qui arrive à l’âge adulte et passe son temps à explorer le monde sur le dos de Krokmou et délaisse un peu les responsabilités de futur chef du village que son père essaye de lui inculquer. C’est lors de ces ballades qu’ils vont croiser la routes de chasseurs de Dragons et d’un mystérieux dragonnier mystique qui vont mettre en lumière une nouvelle menace qui pèse sur le village et sur tous les dragons du monde.

Dragons 2 alterne des moments de calme, d’émotions et d’action avec un sens du rythme vraiment pointu, jamais trop mou mais jamais trop « rollercoaster pour enfant hyperactif drogué », l’histoire se déroule avec un naturel bluffant. On rigole beaucoup, on pleure presque parfois, on est emporté par l’action et le visuel du film. Et de ce côté-là comme pour le premier épisode, tout est bluffant. Les images sont d’une beauté à tomber par terre, la réalisation est exemplaire et nous livre quelques moments de grâce assez inattendus, je me souviens de la première apparition du mystérieux dragonnier solitaire, ou encore de la démonstration de dressage de dragons au milieu des créatures ennemies faite par harold, comme des moments de pure beauté cinématographique.

Et au-delà de tout ça, on nous présente une galerie de personnages fouillés et enthousiasmants. On retrouve Harold et sa bande de potes qui débordent d’une énergie et d’une bonne humeur communicative, la dynamique du groupe est réjouissante et drôle. Stoic, le père d’Harold, gagne énormément en profondeur dans ce second volet et tape bien au-delà du père bourru du premier épisode, arrivant à être impressionnant et touchant à la fois. Mais c’est surtout Valka qui va surprendre, personnage féminin fort et atypique, adulte mature complexe et subtil, elle représente une leçon magistrale à tous ceux qui essayent de nous sortir des modèles de femmes fortes en additionnant « femme » + « couilles » + « regard grave face caméra » (prenez ça dans les dents, Merida et Anna).

Je me réjouis d’avoir zappé les bandes-annonces en amont qui apparemment ont spoilé l’identité du dragonnier solitaire pour tout le monde, moi j’ai été surpris donc faisez tous comme moi : ignorez les trailers !

Les dragons, quant à eux, sont à l’image du premier épisode, variés, fous, touchants, drôles, évoquant toutes sortes de comportements animaux variés. On les vois souvent faire les cons en second plan pendant qu’une scène se déroule devant eux et ça donne une profondeur de visionnage très divertissante. On croise plein de nouvelles créatures au design et gabarits variés, le studio fait encore fort de ce côté-là.

Le seul point négatif de ce film, à part les deux gamines qui gloussaient et foutaient le bordel à ma droite pendant toute la séance et auraient mérité une muselière et un somnifère immédiatement, ça a été cette putain de musique technoïde sous LSD qui est passé pendant la première scène de vol du film et au générique de fin. Au-delà de mon aversion absolue pour toute musique électronique, ça jure énormément avec le reste de la très bonnes BO instrumentale aux accents traditionnels celtiques, même le morceau « chanté » par deux des personnages est touchant et beau (on est loin des chansons à la Disney, rassurez-vous).

Mais soyons clair, le film survole allègrement tout ce qui se fait en terme de cinéma d’animation 3D aujourd’hui, que ce soit au niveau de la réalisation, de la technique et de l’écriture. Là où d’autres studios (que je ne nommerais pas) tombent dans le divertissement pour enfant débile sans saveur ni sens, Dreamworks livre un film qui a du sens et  de la finesse, qui parle à l’adulte autant qu’à l’enfant et qui, surtout, aborde des thèmes forts et moins « bateau » comme la guerre, la cause animale, le deuil. D’ailleurs, en ce sens, il est peut-être moins adapté aux très jeunes enfants mais il gagne une profondeur certaine.

Pixar (bon d’accord, je les nomme !) faisait ça aussi à une époque, même si aucun de leur film n’a vraiment marqué mon imaginaire (malgré la hype phénoménale), ils ont fait de grands dessins animé multi-générationnels qui avaient du sens et différents degrés de lecture. Mais depuis leur rachat par « la souris maléfique qui dévore tout », aucun n’est allé au-delà du pur divertissement pour enfant calibré pour vendre des goodies. Oui, la comparaison avec Pixar, tout le monde la fait, mais les trajectoires des deux studios semblent complémentaires et définissent à elles seules le paysage du film d’animation occidental actuel. Et dans ce paysage, l’un marque le déclin et le calibrage marketing neuneu tandis que l’autre, qui n’a pas toujours fait des chef d’œuvres, gagne en maitrise, en maturité et en force.

J’en ai parlé dans une autre critique, mais Dreamworks arrive encore une fois à gravir les échelons et à dépasser leur statut de challenger de seconde zone. Après Kung-Fu Panda, Dragons et les 5 légendes, ils montrent à nouveau qu’ils maitrisent leur média et vont au-delà du simple film d’animation distrayant, ils ont des choses à raconter et du talent pour le faire.

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