Captain America : Civil War, Civil bagarre à la récré

Après un Avengers 2 tout tiède, je m’étais dit que bon, le Marvel Cinematic Universe ça va, on attendra pour voir les suivants à la maison parce que ça commence à tourner au n’importe quoi. Ma résolution n’a pas tenu bien longtemps quand un vil traitre m’a proposé d’aller voir Captain America : Civil War. D’habitude j’ai de la volonté mais faut comprendre : Y’avait des pizzas.

civilwar1Civil War est à la base un superbe arc narratif Marvel bien connu en comics, écrit par Mark Millar et dessiné par Steve McNiven pour sa série principale, c’est un petit chef d’œuvre qui se cache dans le gros bordel que sont les BD super-héroïques. Son principe est de chambouler tout l’univers Marvel en mettant tous ses personnages devant un dilemme politique : Après un « accident » impliquant un combat de mecs en collants, provoquant des centaines de victimes civiles, le gouvernement américain impose à tous les super-héros ou super-vilains (en échange d’une amnistie) de s’enregistrer auprès d’eux, de dévoiler leur identité et de travailler sous leur autorité. Les super-humains vont se séparer en deux camps, ceux favorables à la loi, menés par Iron Man, et ceux qui résistent aux côtés de Captain Ricain.

Cette adaptation filmique ne reprend la trame de Civil War que très superficiellement. Comme on pouvait s’y attendre, difficile de retranscrire à l’écran le bordel de la BD ou des centaines de super-héros se tapent sur la gueule, on va rester sur les figures emblématiques du MCU en n’ajoutant que quelques petits nouveaux au compte-goutte. Le film part toutefois sur le même principe de base : Après les évènements d’Avengers 1 et 2, le gouvernement se dit que ça suffit, les mecs qui détruisent des villes entières sans même demander la permission on en a marre. Les super-héros devront maintenant travailler sous les ordres de l’ONU et ne plus agir de leur propre chef. La même scission s’opère donc : ceux qui résistent et souhaitent garder leur indépendance se rangent avec Cap’ dans la clandestinité tandis que Tony Stark, acceptant ses responsabilités, se soumet à cette loi.

Et malgré le petit chieur dans ma tête qui crie « non mais heu c’est pas comme dans le comic d’abord, bouh », il faut avouer que la progression des personnages par rapport à cette problématique est très convaincante à l’écran. Dans Captain America : Civil War, les avengers vont tour à tour se ranger dans un camp avec plus ou moins de fermeté, mais la position de chacun est défendable et clairement amenée. Ce qui faisait la force de la BD se retrouve dans cet aspect du film : Il n’y a pas de « bon » côté ou de « mauvais » côté, chacun a un avis idéologique qui se défend. Les personnages sont bien traités par l’écriture, les dialogues font mouche, les trajectoires croisées à travers le film sont convaincantes et se complètent pour donner cette mosaïque idéologique, ou chacun aura sa petite motivation personnelle en plus. En terme d’échelle, rien à voir avec la guerre civile que le titre nous vend, c’est plutôt… une dispute entre copains très costauds… « Civil-T’Vas Voir Ta Gueule A La Récré », quoi…

Pourtant, cette partie du film n’est qu’une toile de fond. Par-dessus tout ça va venir se greffer une histoire de terrorisme bien plus basique puisque la signature de cette nouvelle loi va être visée par un nouvel attentat. Poursuites et bastons seront donc au menu pour découvrir la vérité, et comme nos héros sont fâchés ils vont faire la course pour choper le suspect et découvrir le cerveau de l’affaire avant ceux d’en face. C’est cette histoire-là qui va devenir le vrai moteur du film, le côté Civil War n’ayant servi que de prétexte pour séparer les Avengers en deux groupes mais on oublie le côté politique et idéologique très rapidement, ce qui est très dommage. Le gros du film ressemble à un Jason Bourne au pays des Super-Héros, un Avengers écrit par Tom Clancy ou Robert Ludlum (un soir de cuite). Une nouvelle fausse piste donc, le film n’a rien à voir avec le Civil War du comic-book, et rien à voir avec le Civil War de la première demi-heure. Mais on nous prend pour des saucissons alors ? Un peu, peut-être que le recours à la « marque » était un coup marketing pour faire des hashtag #teamcaptain et #teamjenairienafoutre pendant la campagne promo, je sais pas trop…

Oui, bon, ça fait donc trois paragraphes que je vous explique ce que le film n’est pas mais au final, c’est de la merde ? Bah non, même pas, à mon grand étonnement j’ai passé un bon moment. Comme je l’ai déjà dit les personnages sont tous très convaincants et bien traités même si Bucky a toujours un zéro pointé en présence et en charisme. Les quelques nouveaux sont intéressants, je vous passe le détail du « moi j’aime untel et pas untel », on s’en fout un peu et on va garder quelques surprises pour les trois qui sont pas au courant. Le rythme est très bien géré, les bastons sont pêchues et bien violentes, c’est bourrin, ça fonctionne très bien. Les quelques vannes qui ponctuent l’ensemble sont bien senties et relativisent un peu le premier degré de l’histoire. J’ai eu un peu peur au début parce que les premiers combats ont cette réalisation épileptique que je supporte pas mais ça se calme un peu avec le temps.

On est quand même loin de l’excellence d’un Avengers ou du pur fun d’un Gardiens de la galaxie, le film est très calibré, il nous fait passer un très bon moment de divertissement mais il n’a pas de parti pris particulier. Il ne restera pas dans les mémoires (enfin, dans ma mémoire au moins) comme un chef-d’œuvre, mais c’est surtout à cause de cette fin d’une platitude abyssale dont la révélation rend l’ensemble du scénario d’une débilité profonde. Le « complot » une fois révélé est navrant de stupidité, mais c’est un peu dur d’en dire plus sans spoiler. On arrive au générique en ayant passé un bon moment, mais le syndrome de « tout ça pour ça » vient un peu gâcher la fête. Au moins le film se tient assez bien tout seul et on nous a pas saoulé avec les pierres magiques à la con.

Divertissement d’action fort bien mené, personnages convaincants et agréables à suivre, petits questionnements sur l’ingérence et la responsabilité, ce Captain America : Civil War est un film tout à fait plaisant à regarder, qui rassure un peu sur l’avenir du Marvel Cinematic Universe. On regrettera seulement que le dilemme idéologique très prometteur passe petit à petit à la trappe pour laisser la place à un scénario débile de sous-24h chrono, et une réalisation sans identité propre qui fait juste le job (mais qui le fait bien).

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