Broken Age, exploration de l’âge con

J’y croyais à Broken Age, le dernier jeu des studios Double Fine, j’y croyais tellement que je leur ai donné de la thune pour leur Kickstarter et que j’ai suivi les (excellents) reportages mensuels sans jamais regretter une seconde ma petite participation. Imaginez, le renouveau du point’n clic, genre qui a bercé mon adolescence… En plus j’aime beaucoup ce studio, l’image qu’ils véhiculent sur le monde du développement est bonne pour l’industrie et ils favorisent la créativité et l’innovation dans tout ce qu’ils communiquent.

Le hic, ça me fait presque de la peine de le dire, c’est que leurs jeux que j’ai testé sont pratiquement tous moyens. Ils ont toujours de bonnes idées, des univers originaux et fun, mais souvent sont pétés de défauts : Par exemple Brutal Legend aurait dû être pile pour moi, en tant que grand amateur de musique à légère consonance métallique, mais au bout d’un moment je me suis ennuyé. Stacking, Middle Manager of Justice, Iron Brigade, tous intéressants sur le papier, et paf, ils me laissent mitigés.

Ici, enthousiasmomètre au taquet, les graphismes basés sur la patte de Nathan « Bagel » Stapley sont à tomber, c’est un espèce de rendu tradi en mode « gros pastel tout stylé » du plus bel effet. En plus de ça, la musique envoie du bois, l’équipe est sympathique et ouverte à la communauté, bref, l’acte 1 (sur 2) est disponible, let’s go !

Le jeu est donc un point’n clic classique dans son gameplay : Un curseur, un petit inventaire, on clique sur des machins, on parle à des gens rigolos, on est en terrain ultra-connu. On remarquera que le bousin est calibré pour un portage au tactile sans se fouler vu qu’on se sert que du clic gauche. Moi ça me dérange pas du tout, c’est plutôt malin de leur part. Ce qui me gène plus c’est que l’inventaire est situé en bas de l’écran et se soulève dès qu’on approche la souris, et comme souvent on veut cliquer sur le sol pour se déplacer, et que le sol est souvent en bas, mon inventaire s’ouvrait sans arrêt sans que je lui ai rien demandé intentionnellement.

Passé ce petit tour rapide du gameplay, l’intérêt de tout jeu d’aventure, l’histoire et les personnages. Le jeu nous fait jouer deux histoires parallèles qu’on va pouvoir suivre dans l’ordre qu’on veut, et même passer de l’une à l’autre à n’importe quel moment, j’ai bien aimé ce principe même si je suis resté très pantouflard, j’ai fait toute l’histoire de Vella puis toute l’histoire de Shay…

Donc dans la première partie, on joue Vella (oui, je viens de le dire, je sais), une jeune fille choisie pour être sacrifiée au grand Mog Chothra, grosse bestiole à tentacules qui vient faire sa moisson de jeunes filles. Mais être choisie est un grand honneur, c’est l’accomplissement d’une vie et la fierté pour toute la famille ! Seulement Vella, grande rebelle dans l’âme, n’a pas trop envie d’être bouffée… En face, Shay est un jeune garçon qui vit seul dans un vaisseau, pouponné par une IA dont le seul but est de le protéger et de le divertir à travers des jeux à base de super-attaque calinou et d’avalanche de glaces. Pour un adolescent, vivre comme ça peut être lourd donc lui aussi, rebelle, va commencer à aller en dehors des clous.

Le tout est servi par un casting de voix top-moumoute pleine de talent, avec quelques stars bien connues (Jack Black, Elijah Wood,…), les dialogues sont vraiment drôles et bien écrits et on prend plaisir à regarder et  écouter tout ce qui se passe dans ce petit monde. La difficulté est assez soft pour le genre, comprenez qu’on s’arrachera rarement les cheveux comme les papis du genre et c’est plutôt un bon point pour moi. Malgré ça certaines énigmes sont bien trouvées et satisfaisantes pour le joueur. J’ai tout de même eu quelques fois la désagréable impression qu’on me filait tous les objets utiles sur un plateau, il n’y a souvent qu’à cliquer sur tous les dialogues de chaque PNJ pour se voir tomber dans les bras les objets-clés.

Bon, tout ça restent quelques défauts mineurs face à tout le talent déployé ici, j’en conviens. Le jeu est objectivement du travail d’une qualité presque irréprochable et quiconque ne serait pas touché par tout ça ne serait qu’un gros enfoiré au cœur de glace… Oui, comme moi… Oui parce que je n’ai pas réussi à rentrer dans le jeu pour plusieurs raisons, j’ai parcouru ce premier acte avec admiration pour ce que je voyais et entendais, mais n’ai pas accroché une seconde à l’imaginaire global du titre.

Broken Age explore la thématique de l’adolescence et la rébellion face aux codes établis, sauf que pendant tout le jeu je n’ai pas pu m’empêcher de trouver ces deux héros complétement débiles. Vella veut se rebeller contre l’absurdité qui régit son village, elle s’enfuit lors de la cérémonie du sacrifice, laissant tout son putain de village et sa famille à la merci du gros monstre qui, avouons-le, a de forte chances de tuer tout le monde s’il est un peu pas content. Le but du jeu est ensuite d’arrêter Caca Lovecraftien en se rendant au village suivant sur sa liste des courses et lui tendre un piège… OK… Pourquoi elle a pas tenté de l’arrêter A SON VILLAGE, genre quand elle avait plus de ressources, du temps pour préparer un piège, des amis et des contacts pour l’aider ??!! Et pourquoi elle essaye pas de rentrer voir sa famille avec un peu plus d’entrain que ça après les avoir exposé à la colère du gros machin ??!! Ça la dérange pas ??!!

Passons un peu à Shay, le gamin dépressif qui joue au petit train… Tout le début de l’aventure où on découvre un peu sa vie m’a assez plu, on voit le côté redondant de sa routine et sa blasitude, ça marche vraiment bien. Sauf que, ensuite, il passe tout le reste du jeu à écouter aveuglément un mec qui sort d’on ne sait où, et qui le pousse à mettre en danger le vaisseau sans savoir pourquoi. Donc au final, Broken Age est une illustration de ce qu’on appelle communément « l’âge con » ? C’était ça le message du jeu, « les ados sont des abrutis » ?

Vraiment, l’ensemble du jeu est agréable et drôle à parcourir, mais je me suis posé ces questions pendant toute ma partie et ça m’a empêché de m’attacher à cette histoire, je la trouve profondément débile. Sans parler du cliffhanger final (que je ne révèlerai évidemment pas), je l’ai pas vu venir mais, passé la surprise je réfléchis et je me dis « ben non, ça colle pas, pourquoi ça serait ça ? ». L’art d’un cliffhanger de ce type est qu’une fois révélé tout se met en place dans nos têtes de manière élégante, on réfléchit à posteriori à ce que ça implique et on se dit « OK bien joué, tout concorde », mais là ça m’a juste paru absurde et j’ai un peu peur de ce que nous réserve l’acte 2.

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