Avengers : L’ère d’Ultron, La nouvelle attraction Euromickey

 En 2012, Joss Whedon avait créé la surprise en proposant un film Avengers vraiment excellent, à la fois très blockbuster dans la forme mais respectant et développant ses personnages avec finesse, proposant une identité créative forte et un rythme maitrisé. Autant vous dire que le second opus, réalisé par le même génie (le grand monsieur qui a pondu Buffy, Firefly ou encore Dr Horrible Sing-along blog), était attendu avec enthousiasme. Nous voilà donc installés le cul sur ces sièges bleus moelleux, après s’être tapé les bande-annonces de tous les trucs marvel du moment (Ant-man, Daredevil…), paf ça démarre !

La scène d’intro explosive montre nos héros en train d’attaquer la base d’HYDRA pour récupérer le bâton de Loki, détenu par le baron Strucker dans sa forteresse en Sokovie (?)… Euh… OK… Qui ? Quoi ? Comment ? C’est qui ce type ? C’est quoi HYDRA, bordel ? Voilà à peu près ma réaction après 5 minutes de films. Pourtant la dite scène est pêchue, réintroduit toute l’équipe de manière virevoltante et sympathique mais voilà, si on on a pas vu Captain America : Le soldat de l’hiver (ce qui est mon cas, le premier était une sombre bouse, j’allais pas insister non plus), on est largués. Un premier constat s’impose donc, la franchise Marvel films commence à être aussi chiante à suivre que les comics, il faut tout voir dans l’ordre pour comprendre l’ensemble, la série Avengers ne se suffit plus à elle-même. C’est d’ailleurs pour ça que je ne lis les comics Marvel que sur des périodes bien identifiées et isolées (type Civil War) parce que suivre ça sur la durée c’est un calvaire, et si les films deviennent pareil, c’est bien pourri et on va bien se marrer dans 20 ans quand on voudra tout revoir.

Mais bon, toujours dans notre salle de ciné, on apprécie l’action et on accepte le fait qu’on a loupé des trucs, ça bastonne et on retrouve une période de calme avec des scènes de groupes détendues toutes whedoniennes vraiment funs et bienvenues, avant l’apparition du vrai méchant de ce deuxième épisode, Ultron. Ce  méchant est Skynet une entité créée par Tony Stark parce qu’il s’emmerdait, et il essaye d’utiliser le pouvoir du bâton de Loki pour améliorer son IA et construire un robot protégeant la paix dans le monde. On passera gentiment sur le fait que le type arrive à pondre un programme informatique en étudiant une pierre magique (« oh, elle a une structure d’ordinateur ») en 3 jours (tu sens le programmeur qui critique le film, là ?) et on va demander à Iron Genius : « Euh, excuse-moi, est-ce que t’es con ? T’as pas lu les 70 ans de SF qui t’ont prévenu qu’une IA autonome ayant la charge de protéger la Terre va vouloir tuer les humains une fois sur deux ? ».

Voilà, le coup de l’IA qui veut détruire l’humain parce qu’il est la source de tous les maux sur Terre, on nous l’a ressorti 50 fois et si on veut utiliser ce postulat, il faut y apporter du neuf et de la personnalité. Or Ultron n’en a aucune, en plus de son raisonnement un peu évasif par moments, il est fade et basique, et visuellement c’est juste un robot en images de synthèse. Oui, Loki nous manque, ou GladOS, si on cherche une IA avec de la personnalité. Sa création fait en plus passer Tony Stark pour un con, alors même que la genèse de son personnage vient de la révélation de son éthique scientifique.

Malgré les premiers défauts que j’ai soulevé avec finesse et retenu (si, si…), le film est très divertissant, on passe un bon moment, ça virevolte, c’est rythmé, ça bastonne, ça fait des petites blagues, et le scénario essaye de donner du poids à chacun des héros tout en introduisant de nouveaux personnages. On fait la connaissance de Vif-argent (oui, le même que dans X-Men : Days of future past, mais pas le même quand même…), et de la Sorcière rouge, deux jumeaux mutants optimisés importés de X-Men (en théorie les enfants le Magnéto, mais on a pas les droits, chut). Ces héros m’ont bien plu, ils sont bien traités et leur évolution marche bien au milieu des autres mastodontes à l’écran, un vrai tour de force. Ce n’est malheureusement pas le cas pour The Vision, extrêmement bien joué par Paul Bettany mais vraiment trop peu à l’écran pour marquer avec ses deux scènes et demi.

Pourtant, la réalisation a beaucoup perdu depuis le premier épisode qui avait le mérite de prendre son temps et de marquer par seulement deux ou trois scènes vertigineuses mais posées, le rythme alternait entre temps forts et calmes. Ici c’est le cas au début, où on retrouve l’écriture propre à Joss Whedon (cette scène du marteau !) mais dès l’apparition d’Ultron le rythme décolle pour ne plus retomber, on a l’impression que le réalisateur a du faire rentrer 5 heures de film en deux fois moins de temps, il fonce et enchaîne les combats pendant deux heures, perd de son identité narrative et bourre tellement de scènes d’action que rien ne marque vraiment, on passe trop vite. Certaines bastons sont d’ailleurs peu lisibles à l’écran, vraiment étonnant quand on sait que la lisibilité était une des grandes qualités du premier Avengers, mais ici Whedon rejoint ses copains Peter Jackson et Zack Snyder, à trop vouloir faire bouger sa caméra partout, on perd en structure et en cohérence visuelle.

La construction des personnages en prend d’ailleurs un coup, là où le premier arrivait à mettre tout le monde en avant, ici on arrive à faire le strict opposé, personne ne ressort car tout va trop vite. L’exploration de la rage de Bruce Banner est expédiée, les motivations des jumeaux face à leur histoire avec Stark est zappée en deux minutes, le questionnement scientifique et éthique est balancée par la fenêtre (à coup de marteau), Cap est presque totalement absent, et en plus on essaye de passer des guests au forceps au milieu de tout ça, le film en devient indigeste au niveau de la narration. Seule exception assez étonnante, Hawkeye est le seul qui ressort grandi de tout ça, son background qui se voit étoffé constitue la seule respiration salutaire en milieu de film et son monologue face à la Sorcière donne du souffle à une scène beaucoup trop dense.

La structure du film fait énormément écho au premier épisode d’ailleurs, il est construit de manière convenue et la grosse baston finale est strictement la même chose, plein de petits méchants qui envahissent les rues et forcent les vengeurs à se battre un peu partout en protégeant la population, pendant que la vraie menace domine le champ de bataille. Ça fait des jolies chorégraphies, on passe d’un perso à l’autre, mais on a une impression de déjà-vu très présente. Dernier détail, le côté « divertissement familial estampillé Mickey » ressort beaucoup plus sur cet épisode, le comportement des Avengers face à la population devient caricatural et parfois limite Bisounours quand ils doivent évacuer la ville, on a droit au petit enfant qui est oublié au dernier moment et qu’on court pour le sauver, ou le plan sur le chien qui saute sur la passerelle en catastrophe, il manquerait plus que la scène du métro qu’on freine avec les pied pour sauver les gentils passants… Ah merde, ça y est, ça aussi ? On croirait voir le dernier Roland Emmerich…

A trop vouloir calibrer ses productions, Marvel Studio perd la personnalité que ses réalisateurs ont réussi à insuffler aux films précédents (Avengers 1, Iron Man 3 ou les gardiens de la galaxie qui avaient chacun leur touche personnelle). On a pu avoir l’impression que ces dernières productions laissaient présager une volonté de lâcher la bride aux créatifs mais non, ici on se reprend le retour de flamme, un film trop calibré, trop fade et familial pour avoir son identité propre mais qui reste un bon blockbuster divertissant au milieu des personnages iconiques qui se bousculent, une sorte de manège eurodisney avec des super-héros dedans, en somme…

Lire aussi les avis de : Marvelll, Dionysos (le bibliocosme)

4 réponses

  1. C’est clair qu’il faut rentrer dedans illico ou alors ça bloquera beaucoup de choses par la suite. Malgré tout, je trouve quand même que Joss Whedon tente, et réussit à peu près, à faire évoluer ses personnages (sûrement trop violemment au vu des films qui entourent celui-ci) vers autre chose et pas que par l’action.

    • Il tente des trucs effectivement, mais tout va tellement vite que chaque truc fait « expédié » pour moi, ça va bien trop vite

      • Je comprends que ça donne cette impression, c’est trop dense pour 2h20 et pour un tel concept super-héroïque, ce n’était sûrement pas le bon film pour tenter autant de choses d’un coup.

  2. Aaah je comprends mieux pourquoi j’étais perdue au début, moi non plus je n’ai pas vu Captain America : le soldat de l’hiver (je n’ai jamais pu finir le premier).
    Je suis assez d’accord avec toi pour le côté bisounours des gars avec les civils, et oui les storylines auraient pu/du être plus fouillées. J’attendais tellement la confrontation entre Stark et les jumeaux (j’attends toujours…).
    Mais au final j’ai adoré ! L’écriture, la réalisation…Joss Whedon quoi. ça m’a donné envie de me lancer dans les comics…
    Merci pour cette chronique en tout cas, j’ai bien ri !

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